Après-Coup Psychoanalytic Association

2015-2016 Program: Psychoanalysis, Savoir-faire and the Social Link

Freud and Lacan on Nachträglichkeit

Lillian Ferrari, Reading Group first meeting
Thursday, September 24, 2015
8:30 p.m. - 10:00 p.m.

LOCATION: Please contact Lillian Ferrari for the location


The True Imaginary: Constructing the Phantasm

Paula Hochman Vappereau, Foundations of Psychoanalysis
Friday, September 25, 2015
6:30 p.m. - 9:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Joyce Historical/Hysterical: The Know-how of Lalangue

Jean-Michel Vappereau, Workshop
Saturday, September 26, 2015
10:30 a.m. - 2:00 p.m.
Sunday, September 27, 2015
10:30 a.m. - 2:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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The Infinite Judgment

Daniel Heller-Roazen, Foundations of Psychoanalysis
Friday, October 9, 2015
6:30 p.m. - 9:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Savoir-faire and the Frame of the Cure, Part III

Paola Mieli, Seminar
Friday, October 16, 2015
6:30 p.m. - 8:30 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Savoir-faire and the Frame of the Cure, Part III

Paola Mieli, Seminar
Friday, November 13, 2015
6:30 p.m. - 8:30 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Psychosis and the Social Link

Patrick Landman, Workshop
Saturday, December 5, 2015
10:30 a.m. - 1:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Savoir-faire and the Frame of the Cure, Part III

Paola Mieli, Seminar
Friday, December 11, 2015
6:30 p.m. - 8:30 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Écrire l´exil - Burckas, Cristina

Pour commencer, je tiens à m´excuser de ne pas matriser la langue dans
laquelle j´avais écrit mon travail pour notre rencontre sur l´exil. Il a
surgi à partir de l´entendu pendant une analyse qui s´est déroulé en langue
enspagnole; un premier écrit autour des plusieurs questions qui cela me
posait ont surgi en langue allemande à cause de avoir des interlocuteurs
allemands; étant le français la langue qui nous a convoquè jusqu´ici, j ai
preferé ´de developper mes idées pour cette rencontre en français.

Cela relève déjà de la question de l´exil et en cela, ma propre condition
d´exilée: Je vis et travaille depuis longtemps dans un pays qui n´est pas le
mien. Je suis sudaméricaine et vis en Allemagne, où je travaille comme
psychanalyste. Très souvent, viennent à mon cabinet des personnes qui sont
sudaméricaines ou originaires d´un pays de langue espagnole. Cela fait que
fréquemment la cure se déroule en langue espagnole.

Donc ce sont des analysants qui, pour une raison ou une autre, ont quitté
leur pays. D'une certaine manière, pour tous, il s'agit de l'exil, dans un
sens général. Il s'agit soit d'un exil proprement dit, exil politique, soit
d'un exil pour des raisons économiques ou parce qu'on préfère expliquer ses
propres actes par le hasard; tous sont confrontés à cette expérience de
l'exil.

A partir de mon travail avec ces analysants, je me pose les questions
suivantes:

- Quand, à quel moment s'inscrit l'exil? Je veux dire, le moment où le sujet
réalise qu'il ne pourra jamais retourner à la terre qu'il a quittée. Que
même s'il y retourne, un retour lui est impossible. En fait, qu´il s'agit là
de quelque chose à jamais perdu.

- Il y a quelques analysants dont l´ exil se présente comme l´
accomplissement de leur destin. Comment est- ce que cela peut s´ articuler
selon la théorie psychanalytique?

En attendant d'apporter un peu de lumière sur ces questions, à partir de l´
extrait d´ un analyse, je vais tracer un parcours à travers des moments
signifiants de cette cure, dès l´ inscription autour du trou produit par un
événement traumatique, jusqu´à ce moment qui correspond au temps de la
construction du fantasme.

Il s'agit d'une analysante qui s'est exilée avec sa famille depuis
approximativement vingt cinq ans. Ce qui a provoqué l'exil, c'est
l'emprisonnement de son mari par les militaires de son pays. Il a été libéré
à condition de s'exiler, ce qui entraînait l´ exil de toute la famille. Bien
que les liens avec la famille soient encore très forts (ils se voient très
fréquemment), ils ont toujours évité, jusque là, de parler de cette période
traumatique vécu par tous.

La séance dont je vais parler, a eu lieu quand l´ analysante est déjà en
analyse depuis plusieurs années. Dans cette séance elle parlait d'une
situation qui a eu lieu quelques jours avant, quand une de ses filles lui
racontait qu'elle planterait un rosier dans son nouveau jardin.

L'analysante raconte qu'à ce moment-là, elle vit l'image d'un autre rosier,
celle qui etait devant la fenêtre de sa chambre dans son pays, où elle a
jeté un dernier coup d´ oeil avant de partir définitivement en exil. Son
image lui apparaît très nette, et la couleur rouge des roses lui semble
d'une beauté frappante.

Si pendant tous ces années, ses soucis principales ont été comment réussire
pour s'adapter au nouveau pays, au moment du récit de sa fille elle a
ressenti pour la première fois, que à ce moment-là elle avait perdu tout ce
qui etait le sienne. Ce qui fit couler des larmes sur ses joues. Quand la
fille lui demanda pourquoi ses larmes, elle lui parla du rosier dont elle
venait de se souvenir, et qui lui rappelait les événements qui aboutirent à
l'exil. Pour la première fois, mère et fille parlaient de ce qu'elles
avaient vécu en ce temps-là, alors qu'elles s'enlaçaient et pleuraient
ensemble.

Quand l'analysante parle de cette situation dans son analyse, lui viennent à
l'esprit des associations qui ont rapport à son premier voyage dans son
pays, après la dictature. Pendant ce retour, elle avait l'impression que
rien n'avait changé depuis qu'elle était partie. La ville était encore
effrayante, sombre et sans couleur comme elle s'en souvenait au moment du
départ. Pendant tout son séjour, elle eut l'impression que de chaque coin et
de chaque fenêtre de la ville, un fusil la vise. Ce n'est qu'au moment du
départ, déjà dans l'aéroport, qu'elle s'est aperçue qu'il y avait de fleurs
sur les bords des chemins, que la ville était pleine des couleurs, et que
beaucoup de choses avaient changé depuis son départ.

Ce premier voyage l'amène à parler d'un second voyage qu'elle fit quelques
années plus tard. Cette fois l'analysante alla dans son ancienne maison. Là,
les voisins se sont approchés d'elle pour la saluer et lui rendre les objets
qu'ils ont sauvés avant la razzia des militaires. Parmi ces objets, il se
trouvait une petite passoire à thé en argent qu'elle avait reçue de sa grand
mère; avec cette grand mère, elle avait eu des liens très étroits dans son
enfance.

Pendant qu'elle parle, l'image du rosier est de nouveau très présente. Elle
remarque avec étonnement l'extrême netteté de l'image et elle a même
l'impression qu'elle peut presque en toucher les feuilles.

Je vais ici marquer une pause pour réfléchir sur ce qui s'est passé
jusqu´ici.

Il semble que les mots de la fille ont déclenché chez l'analysante un
souvenir qui a relation avec les événements qui conduisaient à l'exil, un
souvenir qui se présente ici sous la forme d'une image. Cela fait que pour
la première fois, il lui est possible de trouver des mots là où jusqu´à ce
moment là, il n´avait pas des mots entre les membres de la famille.

C'est l'image du rosier dans le jardin de la maison que l'analysante a
quittée quand elle est partie en exil. Mais cette image se présente sous une
forme très particulière : l'analysante se souvient du rosier d'une façon
extrêmement nette, elle a l'impression de l'apercevoir dans tous ses
détails, comme le dessin des feuilles et des épines, et ses fleurs ont une
couleur très intense.

Quand elle parle de cette situation en analyse, le même phénomène se répète
: l'image du rosier apparaît encore avec plus d'intensité, et sa beauté la
frappe.

Ce sont ces aspects qui m'ont fait penser à un souvenir écran, tel que Freud
l'a travaillé par rapport au fantasme (S. Freud, ´Sur les souvenirs
écransª). Pour Freud, le souvenir écran est un souvenir de la première
enfance, mais aussi des temps plus récents, qui se présente avec une acuité
très particulière, tandis que son contenu semble assez banal. Pour la
mémoire, ce souvenir doit sa valeur non à son contenu propre, mais à sa
relation avec un autre contenu, lequel correspond à un fantasme refoulé.

Donc, le souvenir écran doit son importance à un mécanisme de déplacement.
Par une forme visuelle, il réalise comme image ce qui correspond au désir
inconscient infantile d'un fantasme refoulé. Le fantasme ici ne subsiste que
sous une forme voilée, celle du souvenir écran, qui témoigne de son
inscription. Alors, ce déplacement n'est possible que s'il y a une trace
mnésique qui noue ces deux moments ; cela veut dire, s'il y a un rapport
symbolique entre le fantasme et le souvenir. Par rapport à ce texte de
Freud, Lacan précise (Séminaire ´Les formations de l´ inconscientª): ´... il
n'y a pas un oubli pur et simple, massif, de l'objet, au contraire, il y a
une relation entre la reviviscence, l'intensification de certaines éléments
(imagés) et la perte d'autres éléments signifiants au niveau symbolique.ª

Donc le souvenir écran est à la fois la trace d'un fantasme et la trace de
son refoulement. Alors, si le rosier est un souvenir écran, il témoigne de
l'inscription d'un fantasme.

Voyons plus loin. Parler de l'image de ce rosier en analyse amène à des
événements qui ont abouti à l'exil pour l´ analysante. La question se pose
si il s'agit d'inscrire quelque chose de ces moments où elle s'est sentie
dépouillée de tout, même de la parole, c'est à dire, d'inscrire quelque
chose par rapport au trauma ?

En voilant le réel du trauma, c'est le fantasme comme écran devant
l'insoutenable du réel qui permet l'avènement de la parole là où il n'y
avait pas de mots. À partir de ce moment-là, le sujet peut trouver sa
signifiance dans l'Autre.

Il semble que l'image d'un rosier a ouvert l'accès à cette dimension. Comme
souvenir écran, cette image renvoie à la chaîne signifiante, mais c'est un
arrêt dans la chaîne. Je cite Lacan à ce sujet dans son Séminaire ´La
relation d'objetª: ´C'est une interruption de l'histoire, un moment où elle
s'arrête et se fige, et du même coup, elle indique la poursuite de son
mouvement au-delà du voileª

Le fait que l'analysante parle de l'image du rosier dans son analyse,
renvoie son dire au premier voyage dans son pays après la dictature. À ce
moment-là, l'impression que rien n'a changé depuis son départ, s´impose. La
même atmosphère hostile règne partout, et de partout, un fusil la vise. Elle
se heurte littéralement à une situation de son passé. Pendant tout le
séjour, le passé est vécu comme le présent. Ce n´est qu'au moment de
repartir qu'une différence s´inscrit : quand elle voit, par exemple, qu´on a
planté des fleurs aux bords des chemins menant à l'aéroport.

Qu'est-ce qui a produit l'effet d'une répétition, qui fait que l'analysante
a l'impression de vivre une situation à l'image exacte du vécu dans le
passé. Pour pouvoir situer cette question, je vais m'en remettre à Freud.
Dans la dernière partie de ´La science des rêvesª, Freud parle de Ebenbild,
cette image fixe, toujours identique à elle même, portrait immuable à
travers le temps, dans laquelle est pris le désir inconscient
indestructible. C´est quand il pose la question de la valeur du rêve pour la
connaissance de l'avenir qu´il va dire le suivant: ´ ... naturellement, il
n´est pas de question d´y penser. On voudrait y substituer: pour la
connaissance du passé. Non pas que le rêve ne nous conduise pas dans
l´avenir, puisqu´il nous présente un désir comme accompli. Mais, et c´est là
l´important, cet avenir pris par le le rêveur comme présent, est structuré
par le désir indestructible à l'image exacte &emdash; Ebenbild &emdash; de ce passé.ª

Lacan fait allusion à ce passage dans son seminaire ´Les non-dupes errentª
où il souligne la prévalence de la structure, en signalant que dès l´ entrée
dans le champ du langage, c´est le désir indestructible ´qui accompagne d´un
bout à l´autre et le Ebenbild, toujours le même, sans variation, accompagne
le sujet suructurant son désirª. Alors, cette image exacte et fixe,
l´Ebenbild , articulé avec le désir inconscient indestructible a un rapport
très étroit avec le fantasme fondamental chez Lacan, dans sa fonction de
support du désir.

C'est à propos d'une image au niveau du fantasme que Freud a remarqué que
derrière chaque événement traumatique il y a un souvenir qu´ est lui même un
événement traumatique, qui renvoie de nouveau à un souvenir traumatique, et
ainsi de suite jusqu´à déboucher sur ce qui est le refoulement originaire,
c´ est à dire, la Urverdrängung, ce souvenir sans événement, ou avant tout
événement, inaccessible comme tel. Il s'agit donc d'une image non
spéculaire, située du côté du refoulement primaire. C´ est là où se situe le
Ebenbild.

Je voudrais citer Marcel Ritter à propos de son texte sur... ´La contrainte
de l' Ebenbild, À propos de Confession d´un masque de Mishimaª, où il s'agit
de situer le niveau de cette image : ´...cette image non spéculaire, située
dans le refoulement primaire, est dans la structure l'équivalent, sur le
plan imaginaire, de l´ impossibilité à nommer l'objet cause du désir
indestructible sur le plan symbolique. Elle soutient sur le plan imaginaire
l'indicible du désir répétant par l´ hétérogénéité de l'objet du désir par
rapport à celui de la demande, laquelle pourtant l'inscrit en négatif au
niveau de l´ image spéculaire.ª

Alors, si l'image du rosier annonce qu'un arrangement signifiant a eu lieu
par rapport à ces événements traumatiques autour de l'exil, ce qui suit dans
la cure semble toucher de très près quelque chose qui a un rapport au désir
inconscient indestructible, ainsi qu'il est décrit par Freud. C'est-à-dire,
par rapport au fantasme fondamental. Il s'agit du versant imaginaire du
fantasme. Cela correspond au moment visuel dans la constitution du désir.
C'est la présence du regard &emdash; qui ´là-dessus voleª, comme l´exprime Lacan dans son Séminaire "Logique du fantasme" &emdash; par rapport à l'inscription d´une phrase qui soutient le fantasme et son articulation signifiante, regard qui témoigne de l'omnipotence de l'Autre. Je veux souligner que cela correspond au moment de l'élision maximale de castration.

Quand au rosier en tant que souvenir écran, ce mode d'inscription sous
recours à une image renvoie à une relation spéculaire. Comme tel, il y a
rapport avec ce qui sous-tend cette relation, c´est à dire le phallus.
´...dans tout ce qui est repérage imaginaire, le phallus viendra sous la
forme d´un manque...ª dit Lacan dans le Séminaire " L'angoisse " En tant
qu´il apparaît en moins, en tant qu´il n´est pas représenté au niveau de
l´imaginaire, le phallus est réserve opératoire.

Mais dans le cas du souvenir écran, le phallus ne se situe pas à ce niveau.
Il y a une réduction à sa dimension imaginaire, où le sujet peut maintenir
l´illusion d´un objet phallique. Le fait que l´analysante était frappée par
la beauté de l´image du rosier, aussi sa surprise, sont des éléments qui
révèlent qu'il y a eu ici une réduction du phallus à la dimension imaginaire. Le rosier est ici déjà signifiant - en ce sens qu'il compte par rapport à cet événement traumatique à jamais inaccessible &emdash; mais il se situe au niveau d'une image fixe. Il est un arrêt dans la chaîne signifiante, il
est sans liaison.

Je veux dire qu'au moment où le rosier surgit comme souvenir écran, il
s'agit déjà d'un sujet qui se soutient par rapport à l'Autre. Mais son désir
s'articule au niveau de la demande de l'Autre. A ce niveau, le sujet suppose
que c'est demande de quelque chose qui manque à l'Autre. Cela dénonce une
résistance à l'appréhension du manque dans l'Autre. En s'identifiant au
manque, c´est-à-dire dire au phallus, le sujet annule la castration.

En ce qui concerne l'analysante, on peut penser que l'image du rosier
représente un refus à reconnaître qu'il lui est impossible de retourner au
même, à ce qu´ elle a quitté, c'est à dire, qu'il lui est impossible de
revivre l'expérience originale. L'exil semble encore une expérience
susceptible de réversion.

Mais l'analysante parle de cela dans son analyse, où son dire l'amène à un
second voyage qu'elle a fait. Il semble qu'alors quelque chose a commencé à
se tisser. Pendant ce voyage, l'analysante a rétabli des liens avec son
passé et ses ancêtres. Et pendant qu'elle parle en analyse des liaisons qui
là ont lieu, elle fait des associations avec l'histoire qui la précède.
C'est le moment où elle annonce que prochainement elle fera un troisième
voyage.

Il faut que je fasse un petite digression par cette histoire pour faire
comprendre de quoi il s'agit.

Avant la naissance de l'analysante, sa mère a conçu un autre enfant. Vu les
conditions exceptionnelles, cet enfant fut confié à un orphelinat, asilo en
espagnol. La mère de l'analysante ne lui a jamais parlé de ce fait ni de
l'existence d'un frère. Ce n' était que au moment de son départ en exil
qu'elle apprit cette histoire. Déjà en Europe, l'analysante entendit parler
de l'existence, dans son pays, d'un homme qui pourrait être son frère. Cette
information a beaucoup dérangé l'analysante, qui ressentit une angoisse
insoutenable à l'idée que cet homme puisse être son frère ou qu'elle puisse
découvrir qu'il ne l'est pas.

C'est donc à ce moment de son analyse que l'analysante dit qu'elle a décidé
de rencontrer cet homme lors de son troisième voyage. Qu'il soit son frère
ou qu'il ne le soit pas, c'est égal. Elle sait qu'elle ne le saura jamais,
qu'il ne lui est plus possible de demander la vérité à sa mère. Sa mère est
morte depuis longtemps.

Je pense que c'était là un moment crucial dans cette cure. C'était le moment
où s'annonçait le temps de la construction du fantasme.

Tandis que son désir s'était articulé au niveau de la demande de l'Autre, la
seule idée de cet homme a eu l'effet d'une intense angoisse sur
l'analysante. L'angoisse que le sujet ressent quand il se trouve face à
l'objet qu'il a mis dans ce lieu vide correspondant au désir de l'Autre.
C'est l'angoisse que l'Autre jouisse de lui comme objet.

Quand elle remarque qu'elle peut laisser ce lieu vide, elle peut risquer la
possibilité d'une rencontre raté: Elle peut rencontrer cet homme dans le
doute qu'il n'est pas son frère; il n'est pas cet élément juste qui
comblerait le vide. Cet élément est perdu à jamais, et cet homme ne le sera
pas non plus.

Si elle pense qu'il n'est pas son frère, et cependant qu'il lui est possible
de le rencontrer, cela veut dire que le manque s'est inscrit au niveau
symbolique. Un signifiant manque à la place du désir de l'Autre. Quand elle
peut reconnaître qu'il n'y a pas de réponse à la question du désir de sa
mère, la castration opère au niveau symbolique.

C´ est le moment où le sujet se reconnaît divisé entre une chaîne
signifiante qui le représente, et une jouissance perdu à partir d'un objet
qui choit, objet ´aª, cause de son désir. Cette division a l'effet de l´
exclure de ce qui lui est le plus intime, de ce qui le constitue comme sujet
désirant. Alors, ce n'est qu'à ce moment que le sujet reconnaît qu'il est
exilé de sa propre origine. Et ce n'est qu'à ce moment que s'inscrit
l'expérience de l'exil subi par le sujet, à partir du moment où il a quitté
son lieu d'origine, c'est à dire, la terre. En ce sens, toucher ce point
inaugurant de la structure, c´ est au même temps inscrire l´ expérience d´
exil vécu par le sujet à certain moment de sa vie.

Quant à l'analysante, ce qu´ est effet de la division constitutive du sujet,
se présente comme réalisé à l'origine par un signifiant : un enfant en
exil/asilo. Bien que non reconnu à son origine, ce signifiant a déjà eu ses
effets sur la vie de l'analysante. Mais ce n'est qu'au moment de partir en
exil qu'elle est prête à entendre une première fois quelque chose par
rapport à ce signifiant. À ce moment, ´exilª n'est pas seulement un
retentissement du signifiant asilo, il est une répétition dans le réel: Là
où un signifiant doit advenir représentant le sujet pour un autre
signifiant, le trou du trauma se duplique. Comme à l'origine, le sujet est,
à nouveau, exposé sans recours aux signifiants énigmatiques de l'Autre.

Il a fallu vingt cinq années pour pouvoir nouer quelque chose par rapport à
ce moment. Ce sont les signifiants de l'Autre, transportés par les mots de
la fille, qui firent surgir une image au bord du trou. Cette image du rosier
est déjà signifiante, mais elle reste isolée. Ce n'est que dans la cure - en
exil - quand l'analysante dirige sa question à l'Autre en analyse, à partir
d'un travail sur le signifiant, que se produisent des liaisons qui
permettent de nouer quelque chose de sa vérité préhistorique qui la
constitue comme sujet du désir. C'est ça le temps de la construction du
fantasme, qui ouvre la dimension du désir. En même temps, c'est le moment où
s'inscrit quelque chose par rapport à son expérience de l'exil. Quand elle
reconnaît sa condition d'exilée elle peut reconnaître que la terre d'origine
et le corps de la mère sont perdus à jamais.

Quant à la question relative à qu´est ce qui fait que dans l´analyse de
quelques analysants l´exil se presente comme destin, nous pouvons tout de
suite substituer le mot ´destinª par le ´désir indestructibleª comme
l´articule Freud dans ce dernier passage de la ´Traumdeutungª. Tandis que le
désir reste le même pendant toute la vie, structurant le futur comme présent
selon l´image exacte du passé, on obtient l´impression que c´est le destin
qu´ est à l´ �uvre.

Dans le cas de cette analyse, dont on peut dire qu´il s´agit d´un fantasme
d´exclusion, où le signifiant exil a été présent dès le berceau, il fallait
que le sujet fasse tout ce détour pour le signifiant exil, capté ici par
l´apparition éphémère d´un rose, afin de que quelque chose de sa condition
de exilé &emdash; à cause de sa condition d´être parlant &emdash; puisse s´inscrire.

Pour finir, qu'en est-il de la expérience de l'exil quand il s'agit de la
fin d'analyse ? Est-ce qu´ on peut retourner à un temps où on ne savait pas
de la psychanalyse et ses effets sur le sujet? C´ est à dire, qu´en est il
de l´exil quand il s´agit de la position du psychoanalyste? Cette position,
n´est elle pas un appel constant à l´exil, tandis que l´exil est aussi un
effet de la position du psychanalyste? Celci, n´est il un exilé du discurs
courrant? ça ne veut pas dire que parfois ne puisse advenir un étonnement
qui fait possible un rencontre, mais il serra un rencontre à travers de la
difference.

Published at http://www.apres-coup.org/ the Web site of Apr�ès-Coup Psychoanalytic Association

Freiburg, octobre 1999

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