Après-Coup Psychoanalytic Association

2015-2016 Program: Psychoanalysis, Savoir-faire and the Social Link

Freud and Lacan on Nachträglichkeit

Lillian Ferrari, Reading Group first meeting
Thursday, September 24, 2015
8:30 p.m. - 10:00 p.m.

LOCATION: Please contact Lillian Ferrari for the location


The True Imaginary: Constructing the Phantasm

Paula Hochman Vappereau, Foundations of Psychoanalysis
Friday, September 25, 2015
6:30 p.m. - 9:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Joyce Historical/Hysterical: The Know-how of Lalangue

Jean-Michel Vappereau, Workshop
Saturday, September 26, 2015
10:30 a.m. - 2:00 p.m.
Sunday, September 27, 2015
10:30 a.m. - 2:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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The Infinite Judgment

Daniel Heller-Roazen, Foundations of Psychoanalysis
Friday, October 9, 2015
6:30 p.m. - 9:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Savoir-faire and the Frame of the Cure, Part III

Paola Mieli, Seminar
Friday, October 16, 2015
6:30 p.m. - 8:30 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Savoir-faire and the Frame of the Cure, Part III

Paola Mieli, Seminar
Friday, November 13, 2015
6:30 p.m. - 8:30 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Psychosis and the Social Link

Patrick Landman, Workshop
Saturday, December 5, 2015
10:30 a.m. - 1:00 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Savoir-faire and the Frame of the Cure, Part III

Paola Mieli, Seminar
Friday, December 11, 2015
6:30 p.m. - 8:30 p.m.

LOCATION: School of Visual Arts
136 West 21st Street
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Les discriminants spécifiques de la psychanalyse par rapport aux disciplines dites scientifiques et aux psychothérapies - Spirko, Jean

ENJEUX

Le préfixe " psy " introduit un ensemble de termes qui désignent des disciplines souvent mal différenciées non seulement pour le public profane mais aussi par un grand nombre de praticiens de l'une ou l'autre de ces spécialités. Alors que la terminologie permet de spécifier différents champs théoriques et cliniques : psychologie, psychiatrie, psychothérapie, psychanalyse... d'autres difficultés surgissent, comme si les explicitations, d'où qu'elles viennent, étaient mal venues. Sans doute certaines connotations de ces champs génèrent-elles un malaise. Le projet de ce texte est d'éclairer ces difficultés, et le mot " science " nous servira de boussole pour nous orienter, mettre en lumière des spécificités, et des différences, entre les disciplines.

Les psychothérapies visent à réduire ou supprimer une souffrance. Je qualifierai, ici, la souffrance psychique de deux termes proposés par Cicéron : aegritudo et cupiditas, que Danièle Robert traduit par " mal-être " et " manque à être ". Je cite son commentaire : " il s'agit avec le premier d'exprimer le malaise moral né d'une perte... avec le second de signifier le regret de ce qui manque pour être pleinement, le désir lancinant, compulsif d'un vide à combler  ".

A l'origine, Freud considérait la psychanalyse comme une psychothérapie, c'est-à-dire comme destinée à soulager des souffrances physiques dont les racines seraient psychologiques : l'hystérie devait trouver ses étayages dans l'histoire subjective de ses patients. Les symptômes étaient alors envisagés et du point de vue médical et psychologique. Au fur et à mesure de son développement, la psychanalyse a élargi son champ en questionnant la pathologie psychiatrique, de laquelle s'infère la notion de normalité, et en attribuant d'autres fonctions à la nosographie. Le symptôme cesse de se lire sur le corps du " malade " : il se lit dans le mode d'expression de la plainte. La nosographie n'a plus, dès lors, pour fonction de différencier le normal et le pathologique, puisque chaque " sujet " est le fruit d'une histoire - grande et petite - dont les nombreux orages inscrivent des blessures plus ou moins vives et explicites dans la quotidienneté des mots et des actes de la vie.

Avec le concept " d'après-coup ", la psychanalyse s'est intéressée aux racines de la subjectivité, au point d'élargir son interrogation à des thèmes jusqu'alors abordés par des théologiens, des philosophes, des politiciens, des artistes..., proposant un nouveau regard sur " le malaise dans la civilisation ". Dans cette perspective, l'objet de la psychanalyse n'est pas de formuler une " conception du monde ", mais de mettre à jour celle que chacun se formule en silence, de repérer les fonctions qui lui sont dévolues et d'élaborer la façon dont les représentations qui modèlent la réalité génèrent, dans le même mouvement, inhibition, symptômes, angoisse, démarche de connaissance et création.

La question peut se poser de savoir si de telles élaborations appartiennent au registre des croyances, ou sont le fruit d'une approche susceptible d'être confrontée à celle des sciences. Répondre à cette question implique de développer certains préalables, afin de tenir compte des ambiguïtés et des présupposés insus que chacun transporte avec lui.

Sciences dites " exactes " et sciences dites " humaines "

Le public reconnaît que l'acquisition des " savoirs " (concepts, références et modes opératoires) pour certaines disciplines nécessite des efforts d'apprentissage, et du temps. Ces " savoirs " ne sont donc pas considérés comme constitués de données immédiatement accessibles à la conscience. Par contre, pour d'autres disciplines, affectées au registre des sciences dites humaines, chacun estime être plus ou moins concerné et avoir son mot à dire - à juste titre : ces disciplines comportent, en effet, une dimension subjective explicite, qui implique de tenir compte des singularités en regard de propositions qui ambitionnent d'accéder à un statut universel.

Les sciences humaines s'appuient sur des textes d'auteurs, parfois vénérés, qui constituent des références, des étayages empreints de subjectivité. Le statut d'une référence, même prestigieuse, dans le domaine des sciences humaines, est différent de celui que revêt une preuve - objective - dans les sciences expérimentales. Cette particularité justifie que ces références ne font pas l'unanimité : elles sont assimilées à des convictions intimes, des croyances, issues d'une certaine façon de " lire " ou " d'interpréter " le monde, en lui affectant " un sens " - qui peut faire école.

Dans les sciences humaines, les énoncés de références, qui tiennent la fonction de savoirs, sont souvent assimilés à des opinions d'auteurs, qui n'ont trouvé leur renommée que parce qu'un public (lecteurs, élèves, disciples...) a été intéressé, séduit, convaincu, " converti ". Tout se passe comme si des opinions singulières d’un auteur — dont le prestige éventuel confère à sa production le statut de référence — pouvaient être assimilées à des croyances. Cette démarche, qui n’est pas inintéressante pour la réflexion, suscite souvent un effet contraire, comme si partager une croyance avec d'autres conférait à cette croyance une " valeur ", comme dans les religions où il n'est pas question de soumettre un énoncé de référence à l'épreuve de la critique ou de l'expérimentation.

Le modèle est important et occasionne de nombreux malentendus, non seulement à propos de la psychanalyse mais aussi à propos de ce que des auteurs qualifient de " sciences molles ". Cela renforce la nécessité de préciser et de discriminer, avec un souci de clarté, les enjeux spécifiques de la psychanalyse de ceux des psychothérapies. Nous y reviendrons après avoir dégagé le concept de science de certains présupposés.

EVOLUTION DU CONCEPT DE SCIENCE

A partir du XVII° siècle, l'usage du terme de science a introduit une révolution dans les mentalités, en imposant certaines contraintes, certaines exigences précises, qui devaient être honorées pour qu'une discipline puisse être affectée ou non à ce registre. Rompant avec l'avis d'autorité qui jusqu'alors faisait " loi ", la science a pris en compte des critères autres que ceux de la foi, en cherchant à fonder des énoncés " objectifs ", indépendants de quelque auteur que ce soit : quiconque en situation d'observer, d'expérimenter dans des conditions " identiques " devait désormais pouvoir soit formuler des conclusions " identiques ", soit modifier avec pertinence des énoncés qui n'auraient jusque-là pas pris en compte tel ou tel aspect.

Le débat scientifique n'est pas supposé opposer des personnes, mais des raisonnements - fondés sur des paramètres indépendants des personnes. Ces paramètres tiennent la fonction de " tiers " entre les personnes, et c'est au nom de ce tiers - et non au nom du roi, de la république, des textes sacrés ou de l'institution qui en serait la gardienne - qu'une proposition est estimée, ou non, recevable. Différents protocoles, concepts, instruments… peuvent tenir la place de ce tiers : la description d’un fait ou d’un ensemble de faits structurés entre eux, l'expérimentation, la comparaison... la mesure et le calcul.

L'usage du mot " science " au singulier renforce, implicitement, l'idée que toutes les disciplines scientifiques seraient régies par des lois communes, qu'il suffirait de définir pour disposer de critères rigoureux à partir desquels il serait possible de discriminer, de trancher : telle ou telle discipline appartiendrait ou n'appartiendrait pas au champ de la science. Or, cette alternative ne peut plus être résolue depuis que les notions de mesure, de quantification, de répétition, de prévisibilité, d'objectivité, de fait... ont perdu leur valeur référentielle exclusive.

Pour ceux qui tiennent à distinguer les sciences dures des sciences molles, on peut rappeler que la physique (qu'il s'agisse de thermodynamique, de physique quantique, de physique des solides) fait appel à différentes formes de la mathématique : topologie, équations non linéaires... Ces formes permettent l'étude de " singularités ", de fractales... tout en étant dégagées de toute idée de mesure .

Heureusement, ces avancées n'excluent pas l'humour : les ravages susceptibles d'être engendrés d'un continent à l'autre par un mouvement d'aile de papillon, l'usage permanent des pourcentages sans considération des règles les plus élémentaires de validation statistique, les prédictions des sciences économiques qui envahissent le champ social, et dont la rigueur et la pertinence ne s'appliquent qu'au passé, le concept d'observation ou de fait en psychologie expérimentale, ou la façon dont les physiciens remodèlent leurs conceptions de l'espace, de l'énergie, de la distance, de la vitesse et du temps selon les " nécessités ", en particulier celle d'expliquer le big bang.

Chaque discipline dispose, aujourd'hui, de critères spécifiques de validation de ses énoncés, et nul ne peut dire avec pertinence qu'une démarche est ou n'est pas scientifique dans une discipline qui lui est étrangère, dès lors que des spécialistes de la discipline acceptent de valider cette démarche.

Que les critères universaux susceptibles de définir ce qu'est ou ce que n'est pas une science en général aient cessé d'exister implique un changement dans la façon de considérer les différentes disciplines. Or, un changement de mentalité - de paradigme - ne se réalise pas sans réticences, sans résistances ; il est cependant plus aisé de repérer la façon dont s'est opéré progressivement un changement de paradigme dans le passé que la façon dont émerge d’un nouveau paradigme qui n'est jamais immédiatement perçu par tous.

Ces remarques, rappelons-le, sont destinées à justifier l'assertion selon laquelle il n'est plus possible, aujourd'hui, de désigner des critères - universels, acceptables par les spécialistes de toutes les disciplines - qui permettraient de départager l'appartenance ou la non-appartenance au registre de " la science " - chaque discipline disposant, pour elle-même, de critères de validation spécifiques .

Il nous revient, alors, d'essayer de penser certaines différences, afin d'étayer, d'évaluer des affirmations péremptoires en les soumettant à la question.

SCIENCES ET NOMINATION

Un premier point de polémique doit être élucidé : il n'existe pas de science de l'observation. Toute observation ne donne accès au savoir que par le biais d'une nomination. Un savoir sur la cellule, par exemple, est inséparable de la nomination de ses éléments : membrane, cytoplasme, noyau, vacuole, mitochondrie... Une nouvelle acquisition dans le champ du savoir, " une trouvaille ", n'advient à l'existence que lorsqu'elle peut être nommée - ce qui la rend transmissible.

L'usage de la théorie du signe saussurien peut nous aider dans notre démarche de réflexion destinée à différencier la fonction du savoir dans les sciences et dans la psychanalyse.

Le signe saussurien peut être figuré sous forme d'une fraction : S/s. Il est à souligner toutefois que cette " fraction " est dégagée de toute fonction mathématique, puisque le numérateur et le dénominateur sont " irréductibles " l’un par l’autre : ils ne représentent que des valeurs qualitatives.

Au numérateur, le signifiant tient une valeur exclusivement phonétique. Il a la valeur d'un bruit discriminant d'autres bruits, d'autres signifiants. Il est porteur d'une différence sans avoir de signification propre.

Au dénominateur, le signifié tient une valeur qui indique une ou des significations singulières ou collectives. Un même mot peut avoir plusieurs significations : par exemple, le mot " cellule " ne désigne pas la même chose selon que l'on se situe en biologie, dans un parti politique, ou dans un univers carcéral.

Chaque discipline dispose d'un certain nombre de mots qui tiennent une valeur opératoire particulière dans cette discipline, alors que ces mêmes mots peuvent revêtir d'autres valeurs opératoires ou d'autres significations dans d'autres disciplines.

La psychanalyse porte son attention essentielle sur les signifiants, affectés d'une fonction érogène, noués entre eux, dans des chaînes qui rendent impossible l'isolation d'un signifiant par rapport à son antécédent et à son conséquent - ce qui attribue à chaque signifiant une valeur singulière radicale.

La valeur prévalente du signifiant par rapport au signifié ne se rencontre pas exclusivement dans la théorisation psychanalytique. Les mots d'un poème à la fois ont une valeur musicale, à la fois suscitent chez l'auditeur ou le lecteur des associations avec d'autres mots, d'autres signifiants, qui ouvrent d'autres portes...

Les sciences privilégient essentiellement le signifié.

Dans une discipline donnée, quand un signifié est spécifié, il peut acquérir le statut de concept, pour lequel le signifiant ne fonctionne que comme un indicateur quelconque destiné à faire entendre le signifié dans tout son éclat. Comme si le signifié ou le concept pouvait accéder au statut de l'Idée - rêve platonicien - jamais, toutefois, suffisamment épurée de ses ombres - métaphore du langage -, qui ne cessent de rappeler la présence de l'homme dans sa production de savoir : c'est l'homme qui décrit l'univers, et non l'univers qui se décrit en empruntant le langage des hommes.

DISCRIMINANTS SPECIFIQUES DE LA PSYCHANALYSE PAR RAPPORT AUX DISCIPLINES DITES SCIENTIFIQUES

Nous examinerons dans ce chapitre les paramètres qui permettent de comparer différentes disciplines vivantes - qui consacrent une part de leurs activités à la recherche - sans pour autant entrer dans le détail des méthodologies et des concepts spécifiques à leurs démarches.

J'attribuerai à ces paramètres - arbitrairement réduits ici au nombre de cinq - la valeur de critères discriminants pour positionner les " sciences " et la " psychanalyse " en mettant l'accent sur les différences.

1. L'objet

L'objet d'une discipline constitue aussi son vecteur : il n'est pas simple à formuler, car, paradoxalement, s'il oriente le cadre d'un savoir, il en est en même temps une production. Ce cadre, en effet, préexiste à toute question relative à l’objet dans la discipline, à ses buts.

Une fois formulé, l'objet impose à son tour un certain nombre de contraintes, qui contribuent à délimiter autrement le cadre du savoir, dont la pertinence est, rétroactivement, sans cesse réévaluée.

Cet objet comporte, pour chaque discipline, au moins deux dimensions inséparables :

a) un aspect général, qui est sa dimension imaginaire propre à mobiliser les passions, les vocations et les enthousiasmes : découvrir les secrets de l'univers, du rêve, de la pensée, de la connaissance...

Le profane ne connaît d'une discipline, en général, que cet aspect à partir duquel il évalue s'il aurait pu y trouver lui-même quelque attrait...

La psychanalyse n'échappe pas à la formulation d'un objet imaginaire souvent méconnu par ses propres praticiens même si les énoncés relatifs à l’objet de cette discipline sont pertinents. Nul ne semble reconnaître dans des énoncés théoriques les enjeux subjectifs qu'ils recouvrent au cas par cas : découvrir les secrets de l'inconscient, élucider l'objet du désir, formaliser le mathème de la psychanalyse, faire la théorie de la didactique...

b) un aspect spécifique et limité.

La médecine a accédé au statut de " science " en limitant son objet à la maladie. Son herméneutique aujourd'hui considère les signes strictement à travers une nomenclature qui permet l'établissement du diagnostic... Toutefois, la médecine n’a pas pour autant renoncé à quelques " pouvoirs " qui en font, aussi, un art. C’est, en effet, le terme d’art qui inscrit la trace survivante de la fonction sorcière du médecin : la personne du médecin compte, au moins, autant que son savoir, ne serait-ce que pour " convaincre " son malade de suivre ses prescriptions.

D'autres exemples peuvent être évoqués : identifier les médiateurs chimiques intervenant dans un mécanisme physiologique, décrypter un élément du code génétique, dénombrer les particules de la matière et spécifier le potentiel énergétique engendré dans telle ou telle réaction physique ou chimique, élucider la non-conformité locale d'une théorie pourtant valide dans des circonstances plus générales, ou réciproquement...

A de très rares exceptions près, dans la psychanalyse la demande initiale est une demande de soins. Le patient emprunte comme modèle de sa demande le seul qui soit connu : il interpelle le savoir d'un spécialiste. C'est, strictement, dans sa manière d'accueillir la demande que le psychanalyste établit le cadre et les conditions qui permettront la mise en place d'un processus de subjectivation de la demande, en élevant le signifiant à la dignité d’une énigme.

L'objet de la demande se révèle difficile à formuler, et est remis à l'horizon d'une quête... qui devrait aboutir en fin d'analyse. Cet objet ne peut se dire mieux que par une lettre, Lacan le spécifie " objet a ". Cet objet du désir se déduit des avatars de la demande sans cesse déplacée dans la chaîne des signifiants : dans le langage où il occupe une place incontournable.

2 - La trouvaille

Une recherche dans les sciences peut ou non aboutir, confirmer ou infirmer une ou des hypothèses qui se positionnent nécessairement par rapport à l'objet d'une discipline. Aboutie ou non, une recherche contribue à étayer le cadre du savoir. Aboutie, la recherche offre une " trouvaille " susceptible de réveiller l'intérêt du public, qui " évalue " les sciences par rapport à ses croyances et aux technologies qui remodèlent son cadre de vie. La trouvaille survient soit à l'aboutissement d'un protocole expérimental qui met à l'épreuve une hypothèse, soit par hasard ou par erreur. Elle est toujours affectée d'une dimension imaginaire qui se décline de différentes manières : par rapport au bien et au mal, et dans l'attribution d'une sorte de vertu magique au " savoir ", celle de réduire l'ignorance - alors que chaque " trouvaille " démultiplie les bords du réel et de l'inconnu autour d'elle.

Si, dans les sciences, les trouvailles inscrivent une " réalité " nouvelle destinée à être partagée par d'autres, dans la psychanalyse, elles instaurent un nouvel éclairage sur une réalité subjective qui peut très bien être imperceptible et sans partage pour d'autres qui vivent à proximité. Il est difficile, en effet, de saisir qu'un drame affectif prolongé de nombreuses années puisse trouver une résolution en une phrase qui comporte un mot " quelconque " prononcé comme par hasard.

3 - Le cadre du savoir

Le cadre du savoir est constitué pour chaque discipline d'éléments théoriques et pratiques. Il thésaurise un état du savoir acquis après maintes difficultés dont la résolution progressive aura permis, avec tâtonnements, d'établir les protocoles et les trouvailles qui sont exposés, une fois aboutis, comme s'ils étaient " évidents ".

Je vous propose quatre points de repère pour différencier les sciences et la psychanalyse en prenant appui sur le rapport signifiant / signifié.

. Si les sciences aspirent à une logique du signifié pour laquelle le signifiant n'est que le substrat arbitraire sonore de la différence, la psychanalyse, tout au contraire, tente d'élaborer une logique du signifiant, en donnant à ce dernier un statut quelque peu différent de celui fondé par Saussure. Comme l’accès au langage, pour l'infans, s’inscrit dans le développement de sa sexualité, langage, savoir et sexualité sont noués sans séparation possible. Dans cette articulation, la psychanalyse attribue à un signifiant non seulement une fonction différentielle qui le spécifie et le distingue d’un autre, mais aussi et surtout, une valeur érogène.

. Le nom d'un auteur a valeur de signifiant. Dans les sciences, ces noms constituent des repères historiques qui ponctuent, dans une chronologie, diverses acquisitions dans le champ du savoir. Ils peuvent être ignorés, du moins oubliés, car ce qui importe tient au savoir produit : nomenclatures, formules et méthodes. Si les noms ont une valeur indicative pour des historiens de la discipline, pour les praticiens seules comptent les fonctions opératoires du savoir reçu.

Dans la psychanalyse, au contraire, nul ne saurait se passer du nom de Freud qui a attribué à l'inconscient des fonctions spécifiques. La psychanalyse a été " inventée " et nommée par lui. Les psychanalystes qui lui ont succédé ont mis l'accent sur certains aspects de leur discipline. Leur oeuvre de théorisation traduit un certain mode de rapport à la psychanalyse, différent pour chacun, et est inséparable de leur nom propre. Parmi ces noms, celui de Lacan mérite d'être souligné tout particulièrement dans ce travail, car ses théorisations, si elles rebutent certains lecteurs, permettent de clarifier de nombreuses difficultés dans les textes de Freud et de réfléchir, justement, sur le statut comparé des sciences et de la psychanalyse.

. Dans les sciences, l'expérimentateur disparaît derrière son expérience, qui devrait être " reproductible " ou " contrôlable ", dans ses différentes phases, par quiconque " formé " dans cette discipline.

Il en est tout autrement dans la psychanalyse : toute cure constitue un protocole expérimental où s'éprouve - d'une manière radicale - la subjectivité de chaque analysant. Le psychanalyste lui-même interfère avec sa propre subjectivité, dans sa façon d'écouter et d'intervenir, par exemple en soulignant comme énigme tel signifiant du discours de son analysant plutôt que tel autre.

. Dans toutes les disciplines dont le nom commence par le préfixe " psy ", tout écart par rapport à une norme peut prendre le nom de symptôme ou de maladie : compulsion, névrose, hystérie...

Dans la psychanalyse, le symptôme n'a pas la même identité qu'en psychiatrie : il est langagier, il tient à la manière d'énoncer le texte d'une plainte, et non à l'objet de la plainte. Par ailleurs, les termes relevant apparemment d'une nosographie commune ne désignent pas les mêmes entités dans ces deux disciplines : dans la psychanalyse, la nosographie propose des repérages sur certaines façons d'habiter le monde, et le départage entre le normal ou le pathologique n'y a pas de pertinence.

En conclusion, il apparaît que le privilège donné soit au signifié soit au signifiant permet d'établir une distinction spécifique de la psychanalyse par rapport à toutes les autres disciplines : les disciplines scientifiques, par exemple, aspirent à extraire du " réel " une succession de nominations - dans le champ du signifié - dont la valeur serait universelle, alors que la psychanalyse aspire à permettre l'émergence de nominations - dans le champ du signifiant - dont l'agencement est radicalement singulier. Dans ce sens, c'est le " réel " du discours de chaque analysant qui est mis à la question, en tant que ce réel articule une dimension collective - le langage appartient à tout le monde quelle que soit la langue -, et une dimension singulière à travers le rapport spécifique dont chaque un est façonné et divisé par le langage, dont les limites harcèlent, sans cesse, tout fantasme de maîtrise.

Le savoir du psychanalyste ne vise pas à répertorier chaque demande comme un cas dans une nosographie, mais à permettre à son analysant d’entendre l'inouï comme une émergence de sa propre parole.

Cette fonction du savoir ne permet pas au psychanalyste de se prévaloir d'une position d'expert dans sa discipline et dans la cité.

Si la logique des énoncés scientifiques se situe dans le champ du signifié, il convient toutefois de ne pas oublier que le savoir et le langage sont liés, et que quiconque parle - même en faisant référence à un savoir - fait usage de signifiants plus ou moins érotisés.

Par ailleurs, si le champ de la psychanalyse investit d’une manière privilégiée la dimension du signifiant : les polysémies, les connotations…, ses théoriciens aspirent à une rigueur qui permette à des auditeurs ou des lecteurs un peu avertis de reconnaître si des énoncés sont rigoureux ou pertinents ou si un prétendu " auteur " raconte n’importe quoi. Cette pertinence ou cette rigueur tiennent à une façon de concevoir l’écriture. Celle-ci peut emprunter différents styles. Elle reste toutefois ferme sur certaines exigences, en particulier celle de la non-contradiction entre différents usages d’un concept en différents lieux d’un texte, à moins d’en fournir l’explication. Dans ce cadre, les propriétés du signifiant s’exposent dans une écriture pour laquelle la fonction critique reste une expression de la pensée qui fait appel, aussi, à la dimension du signifié.

4 - Le chercheur

Dans les sciences, le chercheur est un spécialiste, et son statut le situe à la pointe de sa discipline, dont mieux que tout autre il connaît les dernières avancées, et certains points de butée qu'il se propose d'explorer. En France, le chercheur est une personne " éminente ". C'est aussi un expert qui juge, valide ou critique des énoncés produits dans son champ. Son statut vis-à-vis de ses collègues d'autres domaines, et éventuellement des médias, contribue à valider en retour sa propre discipline vis-à-vis du public.

Dans la " position paranoïaque de la connaissance ", évoquée par Lacan, la position subjective du chercheur ne relève pas d'une psychopathologie. Si chacun sait que ce sont les hommes et non pas les objets inanimés qui parlent, et qui posent des questions, il se trouve parfois qu'après avoir longtemps travaillé sur un " objet " difficile à cerner, un chercheur se sente mis en demeure par son objet, comme si ce dernier exigeait qu'il lui soit rendu des comptes.

Qu’un chercheur se sente ou non dans cette " position paranoïaque de la connaissance ", qu'il soit habité par un désir d'apprendre, de découvrir, qu'il cherche ou non à se délecter d'une image de lui-même, d'honneurs reçus ou attendus, il ne cesse de porter témoignage de ses enjeux subjectifs toujours présents. Nul ne peut explorer ces enjeux, sauf le chercheur lui-même s'il en soutient la demande auprès d'un psychanalyste. Dans ce cas, il devient analysant, c'est-à-dire qu'il saisit une nouvelle orientation de recherche en prenant comme objet d'étude sa propre subjectivité matérialisée dans les signifiants qu'il déploie pour faire entendre sa demande.

Si le psychanalyste est préoccupé de recherche, comme nous venons de l'évoquer, si dans un premier temps il peut faire figure de spécialiste ou d'expert vis-à-vis de ses analysants : ce n'est pas lui qui est en position de chercheur dans " une cure ", mais l'analysant. C'est l'analysant qui est titulaire d'un savoir insu, qu'il revient à la cure de faire émerger.

Ce rapport au savoir représente une telle subversion du modèle établi que rares sont ceux qui acceptent même d'envisager qu'une telle chose puisse exister. C'est souvent ce qui explique que le processus de la cure, à peine esquissé, soit détourné par certains praticiens qui se réclament pourtant de la psychanalyse. Ces détournements se produisent, en toute inconscience de cause, au nom de convictions moïques rationalisées sous le masque de bonnes intentions : l'exigence de l'aide à apporter, la nécessité d'accélérer une démarche, de la rendre plus " efficace "...

5 - La communauté des chercheurs et la société

Si une communauté de spécialistes est seule habilitée à légiférer sur la pertinence des énoncés produits dans son champ de savoir, cela exclut que les chercheurs aient à soumettre leurs énoncés à des citoyens comme s'il s'agissait d'opinions susceptibles d'être mises aux voix pour être validées. Si se trouver dégagé du jugement social offre quelque liberté pour réfléchir, il ne faut pas s'illusionner sur la bienveillance d'une communauté d'appartenance. Dans toutes les communautés, les déviants sont mal supportés, surtout ceux qui, par leur talent, remettent en cause certaines notions qui passaient pour définitivement établies : Prigogine, par exemple, n'a été protégé de la violence des cabales lancées contre lui, par ses propres pairs, que grâce au prix Nobel.

Si la pertinence des énoncés produits au sein de chaque discipline est indépendante des sociétés - démocraties, dictatures, royaumes -, ces sociétés sont toutefois " touchées " par certains énoncés qui semblent leur porter crédit ou discrédit : la psychiatrie a joué un rôle particulier en Union Soviétique ; par contre, en Roumanie, Ceaucescu en a réduit le champ d'application à des statistiques ; dans le même mouvement, il a supprimé les études universitaires de psychologie et éradiqué le terme de paranoïa de toute publication nationale.

L'établissement des DSM exclut " hystérie " et " inconscient " de leur terminologie au nom d'une exigence de scientificité, qui serait définie par des critères précis - mais dont la validation " promise ", sur le mode religieux, est toujours remise à plus tard. Dans ce cadre, les déclarations relatives à des exigences de scientificité fonctionnent comme des slogans publicitaires qui poursuivent d'autres enjeux que " scientifiques " : certaines conceptions de l'homme - à travers le statut donné au symptôme - et de l'économie libérale appliquée au marché du médicament.

La psychiatrie, toutefois, n'est pas la seule discipline utilisée pour servir de caution à telle ou telle idéologie. Un chercheur est lié - consciemment ou non - aux discours de référence concernant le bien et le mal, le juste et l'injuste, le beau et le laid dont se trame son environnement, même si sa fonction " scientifique " consiste à les situer et à les analyser, comme en sociologie. En ce sens, chaque citoyen, chercheur ou non, est tributaire d'une " conception du monde ", que les philosophes désignent du terme d'idéologie. Le chercheur n'est " indépendant " que d'une manière toute relative ; il est inscrit dans différentes communautés d'appartenance : des autres chercheurs au sein d'un laboratoire, d'un organisme de recherche, d'une " cité "... qui attribue budgets et revenus, confère statuts et possibilité de se faire connaître et d'exercer. Ces aides impliquent certaines contraintes, dont il n'est pas toujours possible de se libérer sans courir certains risques, imaginaires ou réels, de perdre certains bénéfices, acquis ou escomptés.

Une idéologie n'est pas instaurée délibérément par un individu, ni un groupe de pression. Toutes les disciplines sont susceptibles de subir l'influence de l'idéologie qui imprègne - dans le langage même - la façon dont les hommes d'une société se représentent le monde.

L'idéologie imprègne la dimension générale de l'objet, sa dimension imaginaire, moteur de toute recherche fondamentale et appliquée.

En génétique, l'affaire Lyssenko fut particulièrement exemplaire. Cette affaire qui paraît, aujourd'hui, caricaturale, masque des aspects complexes derrière de vraies questions techniques et scientifiques contemporaines : l'établissement de la carte du génome humain ; la conception, la production et l'exploitation de nouvelles sources d'énergie ; la nourriture et les O.N.G. ; les déplacements, les communications et Internet ; la reproduction ; la douleur et la compliance des malades dans un système de soins...

Un spécialiste est aussi un citoyen. S'il doit se prononcer à propos d'une autre discipline que la sienne, il ne pourra émettre que des " opinions ", et non des avis éclairés concernant cette autre discipline. Il est cependant mieux averti que quiconque des difficultés générales de la recherche, et de la nécessité permanente de faire " valoir " chaque discipline spécifique dans la cité. Ce savoir implique une certaine solidarité " transdisciplinaire " sur le mode sociologique qui définit des appartenances à un corps social.

Dans la psychanalyse, le praticien est rémunéré par l'analysant, qui soutient ainsi sa demande sans faire appel au tiers payant, même si certaines cures peuvent être amorcées par ce biais. L'analysant peut alors énoncer ses croyances, ses plaintes, ses enjeux sans que ceux-ci soient cautionnés par un psychanalyste de la cité qui en incarnerait les valeurs. Toute cité est, en effet, porteuse d'une idéologie insue, sous couvert de valeurs et de grands principes partagés. Rappelons que la pratique analytique ne consiste pas à injecter du signifié dans une cure, mais à faire émerger des signifiants en jachère, signifiants que le psychanalyste ne découvre que lorsqu'il les entend. Dans cette démarche, l'analysant peut éprouver son rapport singulier au collectif à travers ce que Freud avait annoncé dans un texte intitulé : " Malaise dans la civilisation ", qui, comme tous les grands textes, maintient avec le présent une inquiétante familiarité.

PSYCHOTHERAPIES ET PSYCHANALYSE

Le projet de ce texte n'était pas de proposer des évaluations comparatives entre les démarches psychothérapeutiques et la démarche psychanalytique, mais d'éclairer des différences pertinentes.

Nul ne niera l'importance imaginaire convocatrice de certaines revendications : le " droit à la santé ", à une plus grande justice pénale et sociale, le droit à l'éducation, au bonheur, à la jouissance personnelle ou partagée, aux lendemains qui ne devraient pas déchanter... tant il est vrai que ces " manques " - aegritudo et cupiditas - peuvent faire souffrir.

Différentes propositions " thérapeutiques ", traditionnelles ou récentes, se proposent pour réduire une part de la douleur subjective, et des praticiens spécialisés y parviennent pour certains patients dont ils s'occupent, tant il est vrai que s'occuper de quelqu'un - quelle qu'en soit la manière - provoque des effets parfois surprenants (qu'ils soient positifs ou négatifs).

Ces " thérapies " se réclament toutes de théorie et de pratiques. Les théories soit sont empruntées à des traditions régionales, ethniques ou religieuses, soit sont proposées par des praticiens qui - d'une manière ou d'une autre - ont fait valoir leur point de vue autour d'eux, parfois dans des publications. Or - et cela n'est un secret pour personne -, même lorsque la spécificité de la discipline et les enjeux poursuivis ont été formulés, la lecture montre que le cadre théorique de ces pratiques est souvent d'une remarquable pauvreté. Elles se légitiment souvent du " pragmatisme ", comme si cette " théorie " avait la vertu d'exorciser la tâche de réfléchir. Ce pragmatisme vise à focaliser l'attention sur " des effets thérapeutiques ", qui ne doivent surtout pas êtres questionnés, tant il est affirmé avec insistance que ces effets sont criants. Les " protocoles " ou les procédures sur lesquels l'accent est mis sont, en fait, des " rituels ", qui se pratiquent dans des relations singulières ou en groupe. Les personnes souffrantes sont conviées par un ou plusieurs officiants - en paroles ou en actes - à des sortes de cérémonies, sous la responsabilité d'un " sachant ", dont la pratique n'aspire à aucune confrontation avec les sciences, même si l’officiant évoqué plus haut est titulaire d’un diplôme de docteur en médecine ou de docteur es … Ce " sachant " se positionne, laïc ou non, en tant que chaman ou sorcier, en tant qu’" hommes médecine ", comme si le " manque à être " - inscrit dans le rapport au langage - pouvait être aboli, comme s'il était possible de guérir du désir lui-même - qui fonde l'humanité. Il propose sur le modèle des religions classiques, de nouvelles croyances style new age, un nouveau salut, et l'appartenance à des groupes partageant des idéaux revisités, réactualisés par des " promesses " et des " guérisons ". Dans ces démarches, les sectes trouvent leur part de marché tout autant qu'une opportunité de revendiquer la tolérance envers leurs conceptions du monde, du bien, du mal, de l'équilibre psychique et de la santé.

Nombre de pratiques " psychothérapeutiques " actuelles se positionnent pour ou contre la psychanalyse. Or, quelle que soit la nature de ce positionnement, ces pratiques ne sauraient être confondues avec celle de la psychanalyse. Elles sont radicalement autres, du fait de la position spécifique du psychanalyste - dans son rapport à la demande de son analysant et au savoir : un psychanalyste n'est ni un " expert " ni un " sachant ", et ne se fait pas non plus passer pour tel. C'est ce qui explique en général la discrétion de ses interventions publiques.

La psychanalyse - qui se réfère à Freud et à Lacan - ne propose aucune conception du monde, quelles que soient les affirmations de ses détracteurs qui ont, sans doute, de " bonnes raisons " à faire valoir pour soutenir le contraire. Elle offre une possibilité pour chaque analysant de décoder les présupposés et les croyances tapis dans ses propres enjeux. Ce qu’elle promeut est la dimension du " sujet ", qui ne peut être appréhendé que dans son rapport au langage et au désir, dans un travail de longue haleine.

Les psychothérapeutes qui considèrent les symptômes comme des malaises à supprimer ou à atténuer sont fortement enclins à croire qu’il s’agit de victoires dues à leur discipline ou à leur talent personnel, lorsqu’ils obtiennent ces résultats qu’ils aiment à faire connaître, même lorsqu’ils sont transitoires. Les psychanalystes sont beaucoup moins bons publicitaires car ils sont extrêmement réservés quant à l’évaluation de ces " résultats ", même si, dans la cure analytique, certains symptômes disparaissent parfois très rapidement. Il ne s’agit, pour eux, ni de valoriser ni de mépriser ces effets : un symptôme peut " se convertir " ou en masquer un autre. Ce qui leur importe, en particulier, est de maintenir une attention constante sur les déplacements de parole qui privilégient les fonctions dévolues à ces symptômes, plutôt que sur les symptômes eux-mêmes qui se maintiennent un temps plus ou moins long et laissent place à d’autres questions.

Mars 2001

published at http://www.apres-coup.org/ the Web site of Après-Coup Psychoanalytic Association

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